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Bibliovora

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Yukio MISHIMA: Le pavillon d'or

Publié par Kepherton sur 30 Septembre 2006, 10:17am

Catégories : #Romans historiques

Appréciation de Kepherton

Le Japon de l'après Seconde Guerre Mondiale sorti terrassé par un évènement incroyable. Le Pavillon d'Or, le fleuron du Japon médiéval et l'un des principaux lieux de l'enseignement zen, avait été détruit, incendié, par un prêtre membre de ce bâtiment. Et ce prêtre avait tenté de se donner la mort. L'évènement prit une ampleur médiatique considérable et Yukio Mishima décida d'en faire un roman. Tourné sous la forme autobiographique, ce récit est celui, à la première personne, de l'homme qui incendia le Pavillon d'Or. Issu d'une famille modeste, il fut confié aux prêtres du Pavillon afin d'apprendre les enseignements spirituels et les enseignements universitaires. De son vivant, son père nourrit pour son fils les ambitions d'une succession à la tête du bâtiment prestigieux. Mais le narrateur évolua de façon différente. Mal dans sa peau, il ne put jamais se départir de l'idée d'une laideur particulièrement intense. Sur les lieux, le jeune homme fait son éducation. Il se lie rapidement d'amitié avec Tsurukawa et devient en quelque sorte un disciple sans le vouloir. A la mort de celui-ci, le jeune homme pleurera toutes les larmes qu'il n'avait pas versées à la mort de son père. Il rencontre alors Machiwagi, un être difforme mais plein d'une certaine sagesse. C'est une nouvelle aventure qu'il démarre mais déjà, tout est bouleversé dans la tête du narrateur.

Malgré l'irruption de la Seconde Guerre Mondiale, malgré les catastrophes naturelles, la défaite des japonais, le Pavillon d'or échappera toujours miraculeusement à la destruction. Cette survie perpétuelle achève le rêve du narrateur d'un Pavillon d'Or rêvé, quasi-virtuel, imaginaire, pour laisser le véritable bâtiment exalter sa beauté triomphatrice devant des humains déclinant. Tsurukawa constituait, à la vérité, le dernier rempart des hommes contre la folie destructrice. Car avec le décès de ce dernier, c'est toute le bonheur et la lumière qui s'effacent de la mémoire du narrateur qui commence petit à petit à décliner. Progressivement, il se détache de sa mère, abandonne son ami en allant jusqu'à l'humilier, se met à détester le Prieur, le mépriser et le défier. Et puis, il se met à haïr encore plus le Pavillon d'or, perpétuelle provocation de tout ce que lui n'est pas. Le héros de cette histoire fuit un monde qu'il ne comprend décidément pas. En Kashiwagi, il recherche un interprète de la vie et un mentor, car son ami est un être difforme mais débrouillard et bien dans sa peau. Le héros ne connaîtra pas l'amour et palliera ce vide en recourrant aux prostitués.

Mais au moment où sa déchéance commence à être inéluctable, au moment où le narrateur fuit le Pavillon d'Or et les cours pour chercher un abri spirituel, l'idée de la destruction du Pavillon entre dans son esprit. Par défi contre le prieur et contre tous les autres, contre ce bâtiment vieillot qui symbolise des valeurs anciennes. L'incendie, la destruction par le feu et à tout prix. Alors seulement, le narrateur entre dans une phase d'aisance et même d'amitié, de réconciliation, une ère de bonheur qui est en réalité l'expression d'un soulagement. A partir de ce moment, le narrateur évolue et comme il avait besoin d'un soutien auprès de son ami aux pieds bôts, il l'abandonne et même, il l'humilie et le défie. Lui qui avait osé lui rappeler son défaut de bègue et qui s'en était moqué. Face au prieur, qui ne lui inspire plus que le mépris devant ce qu'il interprète comme de l'hypocrisie, il décide d'adopter une attitude de défi dont le paroxysme est sa perte sociale mais une victoire morale, celle de triompher devant un être qu'il n'a plus admiré. Alors, le jour où les circonstances se rejoignent, où l'incendie devient possible, il devient inéluctable. Et soudain, la réalisation du projet devient l'expression d'une fuite vers un avenir et une vie meilleurs.

Ce roman magistral n'en est pas moins fortement marqué par l'esprit de Mishima qui n'hésite pas à modeler la personnalité du narrateur et même, à modifier la fin de son histoire alors que l'incendiaire confessa sa volonté de mourir après l'acte de destruction ultime. Mais ce roman est très bien documenté et nous plonge dans le Japon de l'après-guerre, celui où la population cherche à se reconstruire après une période de destructions intenses. L'oeuvre de Mishima est très noire mais elle s'achève sur la note de l'espoir : celui de croire en la possibilité d'une vie heureuse en s'affranchissant des valeurs traditionnelles et des lourdeurs du passé. Un roman vraiment spectaculaire.

Mots-clés : apres guerre, citéhisto, résuméhisto, être fou, le feu, activité criminelle, déchéance, un crime

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