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Vendredi 2 février 2007

Biographie disponible sur le site Anthologie.free.fr et reproduite avec l'aimable autorisation de son webmestre

[1810] - [1857]

 

«Sans la justesse de l'expression, pas de poésie.»

Alfred de Musset, Petit Traité de poésie française.

 

Alfred de Musset naquit à Paris le 11 décembre 1810 au sein d'une famille où l'on a le goût des lettres et des arts.

Après de brillantes études au lycée Henri IV où il se fait remarquer (sans effort, il commence à écrire des vers dès l'âge de 14 ans et remporte tous les prix de littérature), il délaisse rapidement l'université où, indécis, il ne sait quelle carrière choisir: il s'ennuie en droit, la vue d'un cadavre en médecine le traumatise gravement, il hésite entre peinture et musique, pour finalement se laisser aller à la littérature.

Il a dix-neuf ans lorsqu'il publie son premier recueil de poèmes, Contes d'Espagne et d'Italie (1830); alors que les autres romantiques font dans le monumental et les amours torturées, Musset se montre brillant, ironique et léger.

Il n'a pas vingt ans qu'on l'invite aux cénacles romantiques, comme celui de Charles Nodier, où il lit ses Contes d'Espagne et d'Italie en 1830, où il fréquente Alfred de Vigny, Sainte-Beuve et Victor Hugo. Il fréquente aussi de jeunes bourgeois argentés dont la vie n'est qu'une succession de fêtes: avec eux, Musset fait preuve d'un talent singulier pour les excès d'alcool, de jeu et de débauche sexuelle.

Enfant terrible du mouvement romantique par sa fantaisie, son indépendance et son admiration pour l'art classique, Musset, comme tous les auteurs de son temps, s'oriente d'abord vers le théâtre qui procure alors célébrité et argent et monte des pièces de théâtre avec son frère Paul.

La production de sa première pièce, la Quittance du diable, est annulée à cause des troubles révolutionnaires de juillet 1830. Sa deuxième pièce, une comédie, la Nuit vénitienne, créée plus tard la même année est un échec total: elle est sifflée par le public.

Musset renonce alors à la scène, mais pas à l'écriture théâtrale, qu'il exercera désormais en toute liberté, sans se soucier des contraintes pratiques de la scène et du style à la mode. Dès 1832, il publie un premier tome d'Un spectacle dans un fauteuil, puis, en 1833, Les Caprices de Marianne. C'est à la suite de la publication de cet ouvrage que Buloz, le puissant directeur de la Revue des Deux Mondes, recrute Musset; au cours des années qui suivront, c'est lui qui publiera la plupart des textes de l'auteur.

C'est d'ailleurs à un dîner de la revue que Musset rencontre George Sand – cette romancière (de son vrai nom Aurore Dupin) déjà célèbre qui s'habille en homme et qui fait scandale. Ils auront une liaison orageuse, qui culminera lors d'un voyage à Venise au début de 1834; pendant leur séjour, Musset tombera gravement malade et souffrira d'hallucinations et de crises de démence. Après une série de ruptures et de réconciliations, leur liaison prend fin en 1835. Cette liaison aussi intense que brève avec George Sand va donner à son génie la maturité qui lui faisait encore défaut.

C'est au cours de cette période qu'il écrit Fantasio et On ne badine pas avec l'amour, pièces qui offrent un mélange de fantaisie légère et de cynisme masquant à peine un profond désespoir. De plus, de l'épreuve bouleversante de la rupture va naître un chef-d'oeuvre inclassable, monstrueux, réputé injouable, diamant noir du romantisme français, le drame théâtral de Lorenzaccio (1834), le Chandelier en 1835, une autobiographie avec le récit de La confession d'un enfant du siècle (1836) qui analyse de façon très lucide le mal singulier qui le frappe: l'ennui de vivre ou «mal du siècle», que Musset explique par des raisons historiques et les espoirs déçus de toute la génération née comme lui «avec le siècle», et les quatre poèmes des Nuits (1935-1937) qui mettent en scène le poète interrogeant la muse sur l'inspiration et sur sa relation avec la souffrance.

Mais peu à peu, incapable de surmonter définitivement cette crise existentielle, Musset, à 28 ans, aura déjà donné le meilleur de lui-même: le rythme de son écriture ralentit, ainsi que la qualité de sa production.

La publication, en 1840, du recueil de ses principales pièces de théâtre sous le titre Comédies et proverbes, marque chez Musset la fin de sa vigueur littéraire. Il a trente ans. Sa vie totalement déréglée par des abus de toutes sortes – en particulier d'alcool – affaiblit son intellect, sa capacité de concentration et ses forces créatrices.

Cependant, un événement inattendu vient illuminer les dix dernières années de sa vie: en 1847, la Comédie Française joue sa pièce, Les Caprices de Marianne et c'est un véritable triomphe. C'est une surprise pour tout le monde, Musset compris: son théâtre de fauteuil n'avait jamais encore été joué en France et l'auteur n'avait rien fait pour qu'on le produise. Presque toutes ses autres pièces (Lorenzaccio est au nombre des exceptions) sont montées et des théâtres commandent de nouveaux textes à Musset, malheureusement incapable, épuisé par les plaisirs et l'alcool, avec Louison ou Carmosine d'atteindre la richesse et la grâce de ses textes passés.

Malade, découragé, malgré une double reconnaissance officielle, – la légion d'honneur en 1845 et son élection à l'Académie française en 1952, – un poste de bibliothécaire du ministère de l'Instruction publique que lui confie le gouvernement l'année suivante (c'est en fait un poste honorifique, dont le salaire est plus que convenable et la tâche de travail, à peu près inexistante), et, même, si son théâtre est de plus en plus reconnu, il déclinera doucement dans la solitude jusqu'à sa mort dans l'indifférence quasi générale, oublié de ses contemporains, le 2 mai 1857.

 

BIBLIOGRAPHIE

Amours

Amours mortes

Ballade à la lune

Bettine suivi de Faustine

Carmosine

Chansons d'atelier

Chansons pour le théâtre

Comédies et proverbes de Musset

Compositions latines

Contes

Contes d'Espagne et d'Italie

Croisilles

Emeline

Etoiles du soir

Fantasio

Frédéric et Bernerette

Gamiani ou deux nuits d'excès

Histoire d'un merle blanc

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée

Il ne faut jurer de rien

La comtesse Gamiani

La confession d'un enfantn du siècle

La coupe et les lèvres

La mort d'André Del Sarto, artiste peintre

La mouche

L'amour dans tous ses états

L'âne et le ruisseau

La nuit vénitienne ou les noces de Laurette

Le fils du Titien

Les caprices de Marianne

Les deux maîtresses

Le secret de Javotte

Les nuits

Les plus belles poésies d'Alfred de Musset

Lettres à la présidente

L'habit vert

Lorenzaccio

Mademoiselle Mimi Pinson, profil de grisette

Mélange de littérature et de politique

Nanoulla, Rolla, Une bonne fortune

Nouvelles

On ne badine pas avec l'amour

On ne saurait penser à tout

Pierre et Camille

Poésies

Premières poésies

Revue fantastique

Rolla

Textes dramatiques inédits

Trois drames

Un caprice

Une soirée perdue

Un mot sur l'art moderne

Venise

Voyage où il vous plaira

 

Mots-clés : Lettre D, littérature française

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Vendredi 2 février 2007

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[1694] - [1778]

 

«Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire

Voltige-t-il encor sur tes os décharnés?»

Alfred de Musset, Poésies.

 

Né le 21novembre 1694 à Paris dans une famille de commerçants enrichis (son père avait pu acheté une charge de receveur à la Cour des comptes), François Marie Arouet, dit Voltaire se prétendra le fils de M. de Rochebrune, mousquetaire, officier et poète, et en félicitera sa mère, morte lorsqu'il a dix ans.

L'argent du père Arouet, janséniste de tradition, lui permet de faire de brillantes études chez les jésuites au collège Louis-le-Grand, où ses camarades portent de grands noms. Ses maîtres jésuites qui allient l'humanisme classique à l'esprit chrétien influencèrent profondément son esprit, en lui apportant une solide formation de rhétorique et, il a souvent reconnu lui même, encouragèrent son goût du théâtre et de la discussion, sa vocation poétique et son intérêt pour l'histoire.

Parallèlement, dès 1712, il est introduit dans les milieux mondains, dans la société libertine du palais du Temple par son parrain, l'abbé de Châteauneuf, qui le présente même à la célèbre courtisane Ninon de Lenclos. Il fait sienne la philosophie épicurienne de ses protecteurs, fondée sur l'apologie du plaisir et l'idée déiste que la nature est bonne parce qu'un Dieu bon l'a créée.

Il fréquente les salons littéraires et la bonne société, tout en poursuivant des études de droit. Il s'adonne à une littérature mondaine, sinon légère. Il participe à une mission diplomatique à La Haye, mais est renvoyé à Paris en raison d'une intrigue amoureuse avec une certaine Pimpette. Le père Arouet veut alors envoyer à Saint-Domingue son turbulent cadet, lequel lui répond en écrivant une ode et une satire en vers: sa carrière, ce sera celle des lettres !

On lui prête, en 1716, des écrits satiriques sur les amours du Régent. Insolence, Indépendance d'esprit, à moins que ce ne soit une certaine forme d'inconscience? Mais à force de faire rire le Tout-Paris aux dépens de Philippe le Régent, le jeune Arouet doit s'exiler à Sully-sur-Loire, puis goûter onze mois de séjour à la Bastille.

Dès sa sortie de prison, il adopte le pseudonyme de Voltaire, obtenu par l'anagramme d'AROVET Le Ieune. Sa véritable entrée sur la scène de la république des lettres se fera sous cette nouvelle identité et par sa première tragédie, Oedipe (1718), qui connait un honorable succès.

Choyé, invité dans la société, pensionné, il voyage en Hollande, pays de liberté, et entend bien faire ses preuves en un autre genre noble avec la Henriade, épopée sur la fin des guerres de religion à la gloire de Henri IV et de la tolérance, dont il publie une première version en 1723 sous le titre de la Ligue.

L'image que le jeune écrivain imprime de lui auprès de ses contemporains est donc extrêmement traditionnelle, puisque la tragédie et l'épopée étaient les deux grands genres de l'esthétique classique. Ce n'est pourtant pas ceux pour lesquels la postérité devait mettre Voltaire au rang des plus grands écrivains français.

Alors qu'il travaille pour la cour en 1726 et qu'on le donne déjà pour un respectable auteur de comédies et de tragédies (il est auteur de plusieurs pièces entre 1720 et 1725 et a donné en particulier trois pièces pour le mariage de Louis XV), il tourne en ridicule le chevalier de Rohan dans la loge de la comédienne Adrienne Lecouvreur, ce qui lui vaut la bastonnade par ses domestiques. Il réclame vainement justice et pense laver son honneur par un duel, mais une lettre de cachet l'envoie à la Bastille quelques jours avant de lui permettre de partir et de s'exiler pour l'Angleterre, où il reste trente mois. Le contact avec la monarchie parlementaire et libérale anglaise exerce une grande influence sur son esprit, qu'il contribue sans doute à mûrir. Voltaire y découvre en effet la tolérance, vertu qu'il ne cessera de défendre sa vie durant. Il apprend alors l'anglais et rédige dans cette langue un an plus tard les Letters Concerning the English Nation (1733), où l'éloge des mœurs politiques anglaises est pour lui une façon de dénoncer les abus du despotisme monarchique français et le scandale de l'intolérance et de l'oppression qui régnent alors dans la société française. George II le pensionne, et, en homme d'affaires averti, Voltaire accroît considérablement sa fortune: le commerce anglais a des charmes indéniables; la philosophie et la littérature aussi: Locke, Newton, Shakespeare.

Parti d'Angleterre en novembre 1728, Voltaire retrouve le tourbillon parisien en mars 1729; il publie plusieurs pièces, telles que Brutus (1730) et Zaïre (1732), tragédie écrite en trois semaines qui obtient un immense succès. Il apparait alors comme le successeur de Corneille et de Racine. Les obsèques de la comédienne Mlle Lecouvreur, dont le corps est jeté à la voirie, l'indignent: il en fait une ode. Mais surtout, il fait la connaissance d'Émilie du Châtelet, femme détestée par beaucoup parce que géomètre, philosophe, et libre. Leur liaison durera quinze ans.

En 1734, il traduit et remanie les Lettres anglaises pour les augmenter: elles sont publiées de nouveau, sous le titre de Lettres philosophiques (1734). L'ouvrage devient un véritable manifeste des Lumières, parce qu'il traite de la liberté politique et religieuse, célébre la prospérité et le progrès comme les avancées de la science, parce qu'il expose la doctrine du matérialisme de Locke, tout en affirmant (à propos d'une lecture des Pensées de Pascal) une foi optimiste en la nature humaine. Le livre est interdit pour ses idées réputées dangereuses et condamné au feu. Voltaire décide de braver l'interdiction, mais, menacé d'être embastiller, il est contraint de s'exiler en Lorraine, à Cirey, chez son amie Mme du Châtelet. La publication des Lettres philosophiques donne le coup d'envoi du combat que Voltaire mènera sa vie durant pour ses idées.

Retiré à Cirey, dans un château lorrain, Voltaire vit une immense aventure intellectuelle et sentimentale. Il y mène une existence à la fois mondaine et studieuse, conforme à ses goûts épicuriens (Discours en vers sur l'homme, 1738); il y compose plusieurs pièces de théâtre, la Mort de Jules César (1735), Alzire ou les Américains (1736), Mahomet (1741) ou encore Mérope (1743). Un court séjour à Paris lui permet de publier un poème léger, épicurien et burlesque, à la gloire du bonheur terrestre: la satire du Mondain (1736). Mais sa dérision provocante faite du rigorisme chrétien fait scandale, et l'oblige à s'exiler quelques mois en Hollande. De retour à Circey, voltaire reprend son travail acharné et se passionne pour des domaines de connaissances divers: les sciences, l'histoire, la philosophie, et écrit son Traité de métaphysique, ses Éléments de la philosophie de Newton (1738), ouvrages de vulgarisation qui contribueront largement à la diffusion des idées nouvelles.

Les premiers chapitres de son Siècle de Louis XIV, – très attendus après le succès de son Histoire de Charles XII, diffusée clandestinement – sont saisis l'année suivante: il reste suspect depuis l'affaire du Mondain. Cet ouvrage est fondé sur une méthode originale, où domine le souci de rapporter des faits objectifs; l'ensemble est néanmoins une célébration du monarque et de la civilisation sous son règne. Avec l'Essai sur les mœurs (1756), Voltaire joue un rôle essentiel dans le renouveau des études historiques. Dans ces deux ouvrages, sa curiosité, jointe à sa passion de la vérité, l'entraînent en effet à un examen critique et raisonné de ses sources, dont il confronte les témoignages contradictoires. D'autre part, Voltaire est le premier, avec Montesquieu, à s'intéresser à l'histoire du peuple ou de la nation, et non plus exclusivement à l'histoire monarchique ou militaire.

Pendant son séjour à Cirey, Voltaire écrit des lettres, par centaines, et en particulier, à Frédéric II de Prusse, dit «le roi philosophe», qui voulait l'attirer à Potsdam. Mais, profitant de l'ascension des frères d'Argenson en politique et d'une certaine libéralisation à la cour de France, sous le «règne» de Mme de Montespan, Voltaire, rappelé par son condisciple le comte d'Argenson, devenu ministre de la guerre, revient à Versailles. Protégé par Madame de Pompadour, il triomphe à la Cour où il est nommé historiographe du roi (1745).

Élu à l'Académie française et gentilhomme dès l'année suivante, il célèbre les fastes du règne et mène dès lors une carrière de courtisan, avec ses erreurs, ses échecs et ses déceptions: Louis XV n'aime pas Voltaire et un mot malheureux et c'est à nouveau la disgrâce. Cela lui vaut de devoir se réfugier pendant deux mois chez la duchesse du Maine, à Sceaux et de transposer dans Zadig ou la Destinée (1748), conte qui pose le problème du bonheur et du destin, ses mésaventures de courtisan.

En 1749, Mme du Châtelet, qui avait une liaison avec le jeune poète Saint-Lambert, meurt en couches. Voltaire décide alors de répondre à l'invitation de Frédéric II, et part pour la Prusse, à Berlin, où il tente, entre 1750 et 1752, de convaincre son bouillant ami éclairé de gouverner selon ses idées. Il y publie Micromégas (1752), conte qui traite de la relativité des connaissances, où s'expriment son scepticisme croissant et son sens de la relativité, achève le Siècle de Louis XIV (1751), fait créer deux tragédies, et projette d'écrire avec Frédéric II une «encyclopédie de la raison» plus portative et plus militante que l'Encyclopédie: c'est l'ébauche du futur Dictionnaire philosophique portatif.

Voltaire resta cinq ans au château de Sans-Souci. Sa relation avec Frédéric II est d'abord l'idéal de ce que peut être la relation entre un homme de pouvoir et un homme de lettres. Mais finalement, le gouvernement se marie mal avec la philosophie tolérante, et sur l'ordre de Frédéric fait brûler un pamphlet de Voltaire contre Maupertuis. Ils se brouillent, et Voltaire quitte Berlin, en mars 1753. Il connaît à nouveau l'état d'arrestation, en septembre, à Francfort. Il doit quitter l'Allemagne et, la France lui refusant l'asile, il achète la propriété des Délices, à Genève et s'y installe avec Mme Denis, sa maîtresse depuis 1745. Là encore, Voltaire ne peut jouir longtemps de son séjour en paix: en effet, les autorités genevoises et les tristes calvinistes suisses n'apprécient pas son article «Genève» de l'Encyclopédie, qui contient des critiques sévères contre la République et la religion calviniste. Voltaire est accusé de l'avoir inspiré à d'Alembert. On veut le faire expulser des Délices.

À ce propos, puis au sujet de la providence, Voltaire est pris à parti par un philosophe, Jean-Jacques Rousseau, qui lui envoie une lettre d'insultes et avec lequel il entretient un échange de lettres assez virulent (dont les Confessions de Rousseau rendent compte de la manière la plus partisane).

Ainsi, les années 1750 sont pour Voltaire des années de combat, de polémique, de questionnement et d'engagement. Il subit, au même titre que Diderot et d'Alembert, en France, une campagne sans précédent du front des antiphilosophes. Mais Voltaire est désormais invulnérable: en 1758, pour se mettre définitivement à l'abri il acquière les propriétés de Ferney et de Tourney, situées à cheval sur la frontière franco-suisse: Voltaire va passer les dix-huit dernières années de sa vie dans son jardin du château de Ferney, d'où il surplombe le monde, se moque de ce qu'il veut, est visité par tous et juge comme il lui plaît. Il reçoit fastueusement des visiteurs venus de toute l'Europe, jouant lui-même avec eux la tragédie, garde un contact suivi avec des correspondants illustres tel que d'Alembert, d'Argental, Choiseul, Diderot, Richelieu, Turgot, Frédéric II et Catherine II... De là aussi, il organise sa fortune, qui fait de lui l'écrivain le plus riche du siècle. C'est là aussi qu'il décide de traiter de la question de l'optimisme après avoir lu les thèses des Essais de théodicée, du philosophe allemand Leibniz: selon ce dernier, en effet, le postulat de la perfection divine implique nécessairement que tout est au mieux dans le monde. Or, la tragique nouvelle d'un tremblement de terre à Lisbonne, qui a fait vingt-cinq mille morts, émeut profondément Voltaire; elle le pousse à attaquer les tenants de l'optimisme dans son Poème sur le désastre de Lisbonne (1756). Dans la même lignée, l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations (1756) puis, dans un registre narratif, Candide (1759) sont portés par son indignation devant l'intolérance, les crimes, les guerres et l'oppression dont l'humanité souffre. Au-delà de la dénonciation de l'intolérance, de l'aveuglement, de la mauvaise foi ou de la superstition, Candide est aussi une défense de l'empirisme, présenté comme une forme de conscience et de sagesse.

Retiré sur sa terre de Ferney, Voltaire y poursuit son oeuvre de réflexion avec le Dictionnaire philosophique portatif (1764). Le choix de la forme du dictionnaire illustre bien l'ambition que les Lumières avaient d'embrasser la totalité des connaissances humaines. À l'origine le Dictionnaire philosophique doit être une réfutation rationaliste de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais il est augmenté par son auteur, qui y joint des articles défendant les idées de progrès, de justice et de tolérance.

Défenseur de la justice dans ses textes, Voltaire l'est aussi dans ses actes, puisqu'il intervient publiquement dans toutes les affaires où sévissent la force de l'injustice et la violence des préjugés.

Déjà, en 1756, Voltaire avait pris fait et cause pour l'amiral anglais Byng, exécuté pour avoir perdu une bataille. De 1762 à 1765, il lance l'affaire Calas: Jean Calas est un pasteur protestant, un huguenot condamné sans preuves pour avoir tué son fils, Marc-Antoine Calas trouvé pendu dans son grenier, l'année précédente à Toulouse. La rumeur publique assure que ce jeune protestant, sur le point de se convertir au catholicisme, a été tué par son père; celui-ci meurt sur la roue le 9 mars 1762. Voltaire, informé du procès, organise la défense posthume et veut la réhabilitation. Il trouve des partenaires protestants et libéraux qui l'aident dans cette entreprise, soulève l'opinion nationale et internationale et finit par faire réhabiliter Calas à Paris le 9 mars 1765, à l'unanimité.

Le Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas (1763) est une protestation contre l'injustice faite à l'accusé et contre le fanatisme d'une accusation née de la rumeur et de la haine. Il y soutient la thèse du suicide en travaillant sur le mobile du meurtre: un père peut-il tuer son fils pour l'empêcher de se convertir sans sombrer dans le fanatisme, or tout le monde convient que Calas n'est pas un fanatique. D'autre part, les preuves sur lesquelles les juges se sont appuyés sont fournies par les autorités religieuses, elles-mêmes fanatiques. On voit ici le combat essentiel de Voltaire: «écraser l'infâme», lutter de toutes ses forces contre l'intolérance au nom de la religion naturelle – l'écrivain est déiste, ou théiste.

D'autres cas suivront (affaires Sirven, Lally-Tollendal), où il critiquera le fonctionnement de la justice et où il emploiera aussi bien des pseudonymes, comme dans l'affaire Calas, que son nom de plume: ainsi lorsque, pour avoir mutilé un crucifix, meurt exécuté avec un raffinement de cruauté – poing coupé, langue arrachée, tête tranchée – un adolescent d'Arras, le chevalier de La Barre, et qu'on brûle sur son corps un exemplaire du Dictionnaire philosophique. «L'infâme» réagit contre celui qui a expliqué qu'il est ridicule pour adorer Dieu – et Voltaire adore Dieu et combat l'athéisme – de le concevoir triple, incarné, immolé et ressuscité. Voltaire déteste qu'on dégrade Dieu ou qu'on s'en serve indûment, ce qu'on retrouve dans tous ses écrits.

La réputation du philosophe est alors immense et internationale. Des écrivains, des philosophes, des savants viennent lui rendre visite à Ferney, ou entretiennent une importante correspondance avec lui. Dans la bataille philosophique Voltaire lance encore des contes (Jeannot et Colin, L'ingénu, La Princesse de Babylone (1767)), des pièces de théâtre à thèse comme les Guèbres, et complète de 1770 à 1772 son Dictionnaire philosophique portatif par neuf volumes de Questions sur l'Encyclopédie.

Mme Denis, la nièce amante, s'ennuie à Ferney et finit par convaincre Voltaire de revenir à Paris en février 1778. Son retour à Paris au début du règne de Louis XVI est un triomphe: même si on ne lui permet pas d'être reçu à Versailles, il suscite une manifestation d'enthousiasme populaire qui annonce le déclin d'une monarchie incapable d'exercer son autorité; mais c'est aussi une fatigue extrême au point qu'il en tombe bientôt malade. Le 30 mars, il reçoit l'hommage de l'Académie française, et la foule le porte en triomphe à la Comédie-Française pour la sixième représentation d'Irène, sa dernière tragédie.

Il s'éteint au soir du 30 mai 1778, à 84 ans; il est enterré presque clandestinement selon les règles de l'Église, par les soins de son neveu, l'abbé Mignot, à l'abbaye de Scellières, dans le diocèse de Troyes, juste avant l'arrivée d'une lettre d'interdiction de l'évêque. Treize ans plus tard, après la Révolution, le 11 juillet 1791, sa dépouille entrera en grande pompe au Panthéon, où il sera accompagné par l'immense cortège des citoyens reconnaissants, lors de la première cérémonie révolutionnaire qui se déroula sans la participation du clergé. Son épitaphe porte ces mots: «Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance, il réclama les droits de l'homme contre la servitude de la féodalité. Poète, historien, philosophe, il agrandit l'esprit humain, et lui apprit à être libre.»

La longévité de Voltaire, qui fut productif pendant plus de cinquante ans, la diversité de son oeuvre – théâtre, poésie, conte, ouvrages philosophiques – fait de lui le symbole même de son siècle, et le représentant le plus pur du génie français. De la variété des sujets et des genres qu'il a abordés se dégage pourtant une solide unité; l'oeuvre de Voltaire est tout entière la manifestation d'une pensée de philosophe, c'est-à-dire d'un homme qui s'interroge sur la destinée humaine et sur la société des hommes, et d'un homme qui se bat pour ses idées. Car pour Voltaire, il ne doit pas y avoir de différence fondamentale entre la pensée et l'action : l'écriture est en effet une arme mise au service des causes qu'il défend et, chez lui, le plaisir du conteur est toujours subordonné au désir de diffuser ses idées et de convaincre.

 

BIBLIOGRAPHIE

Candide

Mots-clés : Lettre V, littérature française

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Vendredi 2 février 2007

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[1802] - [1885]

 

«Sans la justesse de l'expression, pas de poésie.»

Victor Hugo, Petit Traité de poésie française.

 

Né à Besançon en 1802, d'une mère nantaise et d'un père lorrain, commandant qui sera général sous l'Empire, Victor Hugo connaît avec ses deux frères une enfance difficile et une adolescence mouvementé, sans cesse ballotté de ville en ville au gré des affectations de son père, selon les hasards de la vie de garnison, et les vivicitudes liées à la mésentente des parents.

En 1809, l'installation de la famille à Paris, dans l'ancien couvent des Feuillantines, lui assure une certaine stabilité, troublée seulement pendant un court et tumultueux voyage en Espagne (1811-1812), qui aboutit à la séparation de ses parents.

Élevé par sa mère, en compagnie de ses deux frères Abel et Eugène, le jeune Hugo fait des études sérieuses (mathématiques spéciales, droit). Alors qu'il est élève au lycée Louis-le-Grand, sa vocation se dessine rapidement. Dès 1816, il affirme: «Je veux être Chateaubriand ou rien».

En 1819, il s'éprend d'Adèle Foucher, qui deviendra sa femme en 1822, malgré l'opposition de ses parents et la jalousie de son frère Eugène, qui sombrera peu à peu dans la folie.

Participant à des concours poétiques, il se fait connaître et commence à fréquenter les milieux littéraires (François René de Chateaubriand, Alfred de Vigny).

En 1822, ses Odes, lui valent l'octroi d'une pension royale ce qui lui permet d'envisager de se consacrer entièrement à son oeuvre.

En 1827, il devient peu à peu animateur d'un cercle de jeunes écrivains (Sainte-Beuve, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Alfred de Musset, Gérard de Nerval, Charles Nodier et d'autres écrivains de la génération romantique qui font partie de son entourage) avec qui il fonde le «Cénacle» et au sein duquel il s'affirmera romantique et libéral. Leur idéal de liberté les conduit à s'affranchir de la doctrine classique, aussi bien au théâtre qu'en poésie. La même année, il publie Cromwell, drame en vers dont la préface définit le drame romantique et confère à son auteur l'autorité d'un chef de file incontesté au sein du «Cénacle» romantique.

Les Odes et Ballades (1828), «Les Orientales» (1829), tout en se faisant l'écho d'un double intérêt, pour l'exotisme oriental et pour la Grèce, témoignent bien de ce choix nouveau d'inspiration et de forme ainsi que de la qualité de son sens poétique et de sa virtuosité rythmique.

Un an plus tard, le 25 février 1830, la bataille d'Hernani oppose les «Jeunes France» , dont Gérard de Nerval et Théophile Gautier, aux «perruques» partisans de la doctrine classique et adversaires du drame romantique à l'occasion de la première représentation de la pièce Hernani. Victor Hugo est alors attaqué puisque chef de file et vilipendé par les tenants de l'académisme, tandis que l'audace de cette pièce d'Hernani et bien d'autres de ses oeuvres théâtrales lui vaudront de fréquents démêlés avec la censure. Victor Hugo accède ainsi à la gloire.

Le romantisme hugolien s'exprime aussi dans le domaine romanesque avec la publication de Notre-Dame de Paris en 1831. La même année, il publie le recueil lyrique des «Feuilles d'Automne» où commence à se dessiner une esthétique poétique des sons et du rythme destinés à susciter de grandes émotions.

Désormais célèbre, Hugo voit sa vie affective et familiale perturbée, en 1833, par la rencontre avec la comédienne Juliette Drouet, une liaison qui, de disputes en réconciliations, durera jusqu'à la mort de celle-ci, en 1883. Chaque été, il voyagera avec elle, notamment en Bretagne, en Normandie, dans le Nord et en Allemagne.

En 1838, sa pièce Ruy Blas est perçue comme le chef-d'œuvre du théâtre romantique.

Rien ne vient ternir sa gloire jusqu'à ce que ces succès soient assombris par des soucis, voire des drames familiaux: liaison (platonique?) de Sainte-Beuve avec son épouse, le scandale de la révélation de sa liaison adultère avec Mme Léonie Biard, qui est emprisonnée et surtout la tragique noyade de sa fille Léopoldine et de son gendre au cours d'une promenade en barque, à Villequier (1843) dont il apprend l'évènement par hasard dans un café au cours d'un voyage. La date du 4 septembre marque alors le début d'une période de douleur et d'interrogations dont témoignent «Les Contemplations», oeuvre poétique publiée en 1856.

Pour se détourner de son désespoir, il entre dans l'action politique, continuant d'écrire, mais s'en rien publier. Sous la Monarchie de Juillet, Victor Hugo recherche une consécration officielle, en particulier par l'accès à l'Académie française (qu'il n'obtiendra qu'en 1841, après cinq candidatures infructueuses), et la nomination à la Chambre des Pairs (1845).

En 1848, avec la Seconde République, sa carrière politique prend un nouveau tournant : il est élu député à l'Assemblé constituante. D'abord, favorable au prince-président Louis Napoléon Bonaparte, il passe bientôt dans l'opposition et se détourne de lui. Il se rapproche donc de la gauche républicaine, prenant position contre la peine de mort et l'injustice sociale. Lors de cette période historiquement troublée, Hugo se définira comme un «homme de gauche», partisan de la liberté et luttant contre les injustices. Son roman consacré aux humbles, Les Misérables, est déjà en chantier lorsque se produit la Révolution de 1848.

Menacé d'arrestation lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il s'enfuit, après avoir tenté d'inciter le peuple à la résistance aux cotés des Républicains. Contraint à l'exil, sa tête mise à prix, il se réfugie à Bruxelles, puis à Jersey, et enfin à Guernesey.

Cet exil, qui durera près de 20 ans, fait de lui une véritable légende vivante, une créature mythique.

Commence alors pour lui une nouvelle carrière et une nouvelle vie. Il termine Les Misérables, et compose une œuvre violemment satirique, réquisitoire contre Napoléon III, Les Châtiments (1853).

En 1856, dans Les Contemplations, il évoque avec tendresse le souvenir de Léopoldine disparue. C'est le temps des œuvres graves et de l'épopée humaine, qu'il illustre dans le recueil poétique intitulé «La Légende des siècles» (1859-1883). Il est alors un écrivain engagé, le «phare» de toute l'opposition. Poète, il se donne pour mis-sion de guider le peuple vers la lumière de la liberté. Il acquiert alors cette auréole du «proscrit» intransigeant, refusant de rentrer en France même après l'amnistie décrétée par Napoléon III en 1859. Il attendra la chute de l'Empire, en 1870, pour rentrer en France.

Triomphalement accueilli à Paris, le 5 septembre 1870, il consacre ses dernières années à la défense des communards et à la mise en ordre, pour la postérité, de tous ses manuscrits. Il passe le temps de la Commune (printemps 1871) entre la Belgique et le Luxembourg, puis est élu sénateur en 1876. Il est devenu l'idole de la gauche républicaine et l'écrivain populaire par excellence.

Sa mort le 22 mai 1885 sera l'occasion d'une manifestation grandiose et populaire qui rendra un immense hommage à l'homme qui a peut-être le plus marqué son siècle et dont l'image et l'oeuvre ont déjà pris, à cette époque, une dimension mythique: ses funérailles nationales ressemblent à une apothéose; il sera inhumer au Panthéon.

 

BIBLIOGRAPHIE

Bug Jargal

La fin de Satan

L'âne

Le dernier jour d'un condamné suivi de Claude Gueux

Les misérables

Les rayons et les ombres

Les travailleurs de la mer

Littérature et philosophie mêlées

Notre Dame de Paris

Quatre-vingt-treize

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Vendredi 2 février 2007

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[1811] - [1872]

 

«Si le dieu n'est qu'une idole, plaignons l'idole et non le dévot.»

Théophile Gautier, Extrait de La Presse, 20 novembre 1848.

 

Théophile Gautier, né à Tarbes le 30 août 1811, mort à Neuilly, est issu d'une famille de petite bourgeoisie avec laquelle il vint rapidement s'établir à Paris.

Parmi ses lieux de séjour, Paris l’emporte quantitativement ; il voyagera cependant beaucoup à travers l’Europe, en Orient, en Afrique.

Sa vocation initiale et sa première profession sont la peinture. Ce sont des sensations de peintre qu’il conserva de ses voyages. Il pratique, sans s’y efforcer, par la seule pente de sa nature, cette «transposition d’art».

Mais, le 27juin 1829, il fait une rencontre décisive, celle de Victor Hugo, qui lui donne aussitôt le goût de la littérature. Fidèle à Hugo, Gautier assistera avec éclat et enthousiasme à la première de son drame Hernani, le 25 février 1830. Lors de cette soirée mouvementée, restée dans l'histoire littéraire sous le nom de «bataille d'Hernani», il se range du côté de la troupe romantique qui défendit Hugo contre les tenants du classicisme. Notons, pour la petite histoire, que le gilet rouge flamboyant qu'il arborait ce soir-là fit scandale et resta célèbre.

Gautier se déclara toujours fidèle aux choix esthétiques qu'il avait faits en 1830 et, d'une certaine manière, même si son œuvre évoluera vers une esthétique formaliste, il restera, en son âme, romantique jusqu'à la fin.

Vers la fin de l'année 1830, Gautier commence à participer aux rencontres du «petit cénacle», groupe d'artistes et d'écrivains qui se réunissent dans l'atelier du sculpteur Jehan Duseigneur. Là, il se lie d'amitié avec Nerval, Pétrus Borel, Alphonse Brot, Philotée O'Neddy et Joseph Bouchardy. Il mène à cette époque une joyeuse vie de bohème.

C'est le 4 mai 1831 que le Cabinet de lecture publia la Cafetière, son premier conte fantastique. Dès lors, son talent dans cette veine très en vogue ne cesse de s'affirmer avec des textes comme Arria Marcella (1852), le Roman de la momie (1858) ou Spirite (1866). Parallèlement à ses contes, Gautier publie de nombreux textes en prose, comme les Jeunes-France, romans goguenards (1883), recueil de nouvelles souvent parodiques ou encore le roman Mademoiselle de Maupin (1835), qu'il fait précéder d'une préface provocante et scandaleuse, où il affirme ses principes esthétiques.

En 1836, Gautier édite son premier article dans la Presse, le nouveau journal d'Émile de Girardin, pour lequel il travaille jusqu'en 1855, puis il se consacre au Moniteur universel jusqu'en 1868. Gautier écrivit alors quelque mille deux cents articles, tout en se plaignant du joug que lui impose la presse quotidienne. Le gagne-pain de ce gagne-petit épuise en lui la veine du poète. Il se console par le seul opium efficace: l’écriture.

Malgré ses difficultés matérielles, Théophile Gautier devint un poète presque officiel à la fin de sa carrière, sous l'Empire; en 1868, il fut nommé bibliothécaire de la princesse Mathilde.

À sa mort, survenue le 23 octobre 1872, Victor Hugo et Mallarmé témoignèrent de l'importance de cet écrivain par deux poèmes qui furent réunis sous le titre de Tombeau de Théophile Gautier (1873). Par ailleurs, en 1857, n'oublions pas que Baudelaire lui dédia ses Fleurs du mal.

L'image que l'on retient aujourd'hui de Gautier est celle d'un partisan presque fanatique de Victor Hugo et d'un romantique échevelé. Or, s'il est vrai que ses poèmes des années 1830 sont marqués par une thématique sombre, voire par un humour macabre qui caractérise, par exemple, le dialogue entre «la Trépassée et le Ver», dans «la Comédie de la mort» (1838), Gautier se distingue nettement des autres romantiques par son souci formaliste, qui annonce celui de Baudelaire et des Parnassiens.

Il n’est pas étonnant que le pays où est né Gautier, où il a vécu peu de temps, où il est retourné longtemps après, en 1859, soit un paysage fort et âpre, situé sur la route de l’Espagne : le chaud génie du Midi respire là, plus plastique que musical, avec une pointe espagnol qui percera dans les vers de «España» (1845), emplit de l’Espagne du sang, de la volupté et de la mort. Dans cette oeuvre, s’introduisent dans une apparente joie de vivre les sujets sombres et violents de Ribera, ou les tons verts, les blafardes pâleurs de Valdes Leal et ce réalisme de l’horreur qui semble se souvenir de Villon et annoncer Baudelaire.

Un professeur d’écriture, c’est ce que devient au milieu de sa vie et jusqu’à sa mort, celui qui écrira ce récit habilement transcrit de Scarron dans la manière du Roman comique: Le Capitaine Fracasse (1863), paru en feuilleton de 1861 à 1863. Situé dans la Gascogne du XVIIe siècle, ce roman est une parodie joyeuse du Roman comique: les péripéties rocambolesques, les personnages archétypiques et les paysages y forment un ensemble admirable de justesse et d'harmonie.

Aux années où Victor Hugo se met à l’octosyllabe et aux «Chansons des rues et des bois», où les étagères s’encombrent de bibelots et de chinoiseries, Théophile Gautier invente pour son propre compte ce que les Goncourt appelleront l’«écriture artiste». En effet, dans l'ensemble de l'oeuvre de Gautier, le sujet importe moins que les mots et le plaisir de raconter : davantage encore qu'un partisan de l'art pour l'art, il fut un esthète, privilégiant d'une manière provocatrice l'esthétique au détriment des autres fonctions de l'oeuvre, en particulier de ses fonctions morales. Cet esthétisme est le principal point commun entre ses poèmes, «Émaux et Camées» (1852), pièces d’anthologie et de joaillerie en accord avec la génération de Théodore de Banville, et ses grands romans.

Émaux et Camées, qui se situe à la croisée du romantisme et de la poésie parnasienne, illustre idéalement les principes esthétiques de Gautier et son exigence de perfection. Gautier a été, comme Charles Nodier, de ceux qui ont infusé un sang jeune et dru à l’expression française. Il le doit, pour une part, à l’atelier de l’artiste, au vocabulaire technique de la critique d’art.

Parallèlement à son oeuvre de poète et de romancier, Gautier est aussi un témoin passionné de son époque comme en témoignent des oeuvres telles que Voyage en Espagne (1845), les Beaux-Arts en Europe (1855), recueil de critiques d'art, Voyage en Russie (1867) ou son Histoire du romantisme (posthume, 1874), laissée inachevée. Il consacra aussi un essai à la vie d'Honoré de Balzac (1859) et composa des livrets de ballets pour l'Opéra, notamment Gisèle (1841) et l'Anneau de Sacountâla (1858).

 

BIBLIOGRAPHIE

Le capitaine Fracasse

Le roman de la momie

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Vendredi 2 février 2007

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[1524] - [1585]

 

«Qu'on dise : il osa trop, mais l'audace était belle

Et de moins grands depuis eurent plus de bonheur.»

Charles Augustin Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au XVIe siècle.

 

Pierre de Ronsard est né en 1524 au manoir de La Possonnière, près de Couture-sur-Loir, dans une famille cultivé et de petite noblesse du Vendômois. Il passe l'essentiel de ses douze premières années au contact de la nature, dont il gardera un souvenir émerveillé et fidèle et dont il ne cessera d'exalter la beauté.

Cadet de famille, destiné à la carrière militaire ou diplomatique, son père, gentilhomme cultivé, le fait admettre, à l'âge de douze ans, comme page à la cour de France auprès des fils de François Ier, puis en Écosse, auprès de Madeleine de France, épouse du roi Jacques Stuart, puis pour l'Alsace, avant d'être fait écuyer.

Mais Ronsard est d'une santé fragile: affligé d'une otite chronique, il devient sourd avant d'atteindre vingt ans. En 1542 il est frappé de surdité partielle: plus question, désormais, de porter les armes. Ronsard se tourne alors vers les ordres mineurs et reçoit la tonsure. Clerc, il se voit attribuer par Henri II les bénéfices ecclésiastiques de quelques cures qui lui assurent un revenu constant. Cette situation privilégiée lui permettra de se consacrer en toute liberté à la poésie.

En 1543, il rencontre Peletier du Mans, lecteur probable de ses premiers poèmes. Il se lie ensuite au jeune Jean Antoine de Baïf, qui l'introduit dans les milieux lettrés. Ensemble (Joachim du Bellay les rejoindra vite), ils suivent, à Paris, au collège de Coqueret, à partir de 1547, l'enseignement du grand helléniste et humaniste Jean Dorat, créateur de la Brigade poétique, première forme de la Pléiade, qui réunit entre autres Ronsard et les poètes Joachim du Bellay et Jean Antoine de Baïf.

Dès 1549, du Bellay donne au groupe ce qui allait devenir son manifeste, la Défense et Illustration de la langue française. Ce texte, malgré un contenu théorique assez succinct, affiche de grandes ambitions: défendre le français contre ses détracteurs, enrichir son vocabulaire et ses tournures (par des apports étrangers essentiellement) et composer des oeuvres inspirées des auteurs grecs et latins, en leur empruntant des formes anciennes comme l'ode, l'élégie, l'épopée ou la tragédie.

Dès lors, Ronsard s'imprègne de poésie grecque, d'Homère à Pindare, d'Hésiode aux Alexandrins. Les Latins, bien sûr, ne sont pas en reste (Virgile et Horace surtout). Toute sa vie le poète poursuivra ses lectures et relectures, l'une des sources constantes de sa propre création.

Dès lors, la vie de Ronsard est partagée entre deux pôles: Paris, d'une part, et les prieurés du Vendômois et de Touraine, d'autre part. À Paris, il fréquente des poètes, des humanistes, des clercs, des gens de cour; il participe activement à la vie des premiers salons et à l'activité de l'Académie de poésie et de musique, créée par Jean Antoine de Baïf. Mais, quand Henri III succéde en 1574 à Charles IX, «le roi-ami», il se réfugie davantage dans ses prieurés, où il occupe ses journées à la lecture, à la poésie, au jardinage et aux promenades. Ce partage entre des lieux diamétralement opposés se retrouve dans son oeuvre. Il est vrai aussi que la carrière poétique de Ronsard s'étend sur une trentaine d'années (1550-1585): cette longue période de production lui a permis de s'essayer à presque tous les genres, depuis les poèmes de circonstances jusqu'aux poésies plus personnelles.

Imitant le poète latin Horace et s'inspirant du poète grec Pindare, Ronsard publie, en 1550, ses Quatre premiers Livres d'Odes. Un cinquième et dernier livre d'Odes parut en 1552. Ces Odes, que l'auteur veut totalement novatrices du point de vue poétique, tout en utilisant à loisir la mythologie antique, obtiennent un grand succès et font de lui le plus en vue des nouveaux poètes et le chef de file de la Brigade. Il est le premier poète à avoir écrit un recueil composé exclusivement d'odes, formes poétiques dont il souligne la musicalité: poésie strophique à vocation lyrique, aux vers accompagnées du luth ou «mésurés à la lyre», et qui a pour mission de célébrer leur destinataire, de le «louer jusqu'à l'extrémité». Ronsard y apparaît déjà dans sa complexité, puisque dans le même recueil, il fait entendre la louange des rois (poésie officielle) et l'éloge de la vie privée consacrée à l'amour, aux amis et à la poésie (poésie intimiste et lyrique). Dans ses Odes, Ronsard définit également la mission du poète, qui est inspiré par les dieux – selon une tradition platonicienne déjà commentée au XVe siècle par le philosophe florentin Marsile Ficin.

Ce sera ensuite, jusqu'à sa mort, un flot ininterrompu de publications. Aucun poète du temps n'approche la puissance et la variété de Ronsard, qui essaie tous les genres, tous les styles, comme en se jouant. Il incarne la Pléiade à lui seul: ses amis, ses rivaux, auront quelque mal, dans ce concert où il joue toutes les parties, à faire entendre leur voix propre. «C’est plus grand que Virgile et ça vaut Goethe», dira Flaubert de l’Oeuvre de Ronsard. Précisons qu’il la lisait dans une édition des Oeuvres complètes – ce que nos contemporains font rarement –, après s’être aperçu que les anthologies nous privaient du meilleur: «Les plus belles choses en sont absentes.». Depuis cette époque, rien n’a changé. Ronsard est toujours sous le coup des contre-sélections qui le réduisent aux joliesses qui enchanteront Sainte-Beuve et Théodore de Banville. Pour découvrir l’émule de Virgile et de Goethe, il faut se faire explorateur. On se trouve alors en présence d’une oeuvre extraordinairement complexe et foisonnante, bien faite pour dérouter les goûts néo-classiques et les simplifications scolaires, l’oeuvre d’un écrivain de transition à mi-chemin entre la Renaissance et l’âge du baroque.

Peu après les Odes, Ronsard compose des sonnets amoureux où il chante sa passion sans espoir pour Cassandre Salviati, jeune fille entrevue à la cour. Ces sonnets, intitulés Amours «de Cassandre» (1552), sont ouvertement influencés par Pétrarque, – il sacrifie à la mode d'alors; on y retrouve une vision platonicienne de l'amour et les motifs habituels de l'amour courtois. Les figures de Cassandre, plus tard de Marie et d'Hélène, résument souvent pour le lecteur les trois amours successives du poète: la réalité est plus complexe car l'amour chez Ronsard, même quand il renvoie à une expérience personnelle, est d'abord un thème littéraire. Les poèmes des Amours (1552), malgré leur déploiement rhétorique, semblent exprimer un sentiment sincère et spontané. Ce recueil fit de Ronsard le «Prince des Poètes» de son temps.

Puis ce sera, dans une langue plus accessible, Folastries (1553), Bocage (1554), Mélanges (1555) et surtout la Continuation des Amours (1555), puis la Nouvelle Continuation des Amours (ou les «Amours de Marie», 1556) dédiées à Marie Dupin, une jeune paysanne angevine qui n'eût pas compris les subtilités d'une langue érudite: le rythme est donné et va dans le sens d'une plus grande simplicité. Ces recueils finissent de conquérir le public, enthousiasmé par l'oeuvre pleine de simplicité et de fraîcheur de ce poète amoureux.

Simultanément, en 1555, Ronsard commence à écrire les débuts d'une oeuvre épique, qui se composera de deux livres: Les Hymnes (1555-1564), genres poétiques plus prestigieux, où il fait l'éloge de ses protecteurs, où il aborde de grands problèmes de son temps, liés à la morale, au divin et à la connaissance du monde. Cette oeuvre ambitieuse en alexandrins se présente comme un récit allégorique et mythologique; elle marque dans l'itinéraire de Ronsard une de ses plus grandes réussites en même temps qu'un retour à la rhétorique et au style élevé. Par ailleurs, Les Hymnes révèlent au lecteur moderne l'étendue et la nature du savoir scientifique et philosophique de la Renaissance. Les Hymnes sont considérés comme un chef-d'oeuvre de poésie abstraite.

En 1560, Ronsard publie la première édition collective de ses Oeuvres l’année de la mort de Du Bellay et de Scève, au moment de la conjuration d’Amboise et des états généraux d’Orléans (1560); d'autres suivront (1567, 1571, 1572, 1578, 1584). À chacune de ces éditions, Ronsard remanie certains textes et modifie le plan général de son Oeuvre.

Cette production lui vaut un immense succès: Ronsard est alors appelé le «Prince des Poètes» et bénéficie dès lors de la faveur du Roi Henri II.

1562 voit débuter la guerre civile. Ronsard se pose en porte-parole de la Contre-Réforme et s'engage pour condamner la prise d'arme des protestants en faveur du catholicisme et du nouveau roi Charles IX comme en témoignent les Discours sur les misères de ce temps (1562), Remontrance au peuple de France (1562) et la Réponse aux injures et calomnies des ministres de Genève (1563), rédigé contre les protestants genevois: c'est la poésie politique des Discours sur les misères de ce temps, qui circulent dans tout le royaume sous forme de petits livrets.

Charles IX assurent alors la position de Ronsard: il devient Poète officiel de la cour, organisateur et metteur en scène des fêtes, propagandiste de la politique royale, à l’heure où le Concile de Trente va s’achever, où Calvin et Michel-Ange viennent de mourir, et bénéficie de confortables appointements. Sans rompre avec la tradition du poète courtisan, Ronsard célèbre les combats et les victoires royaux. En 1565, il obtient une aumônerie puis un canonicat (prieuré de Saint-Cosme, près de Tours). Mais le poète abandonne vite ce type de production. Il publie des Élégies, des Poèmes (sixième et septième livres, 1569). Enfin, soucieux d'approfondir la veine grandiose à laquelle son ambition le pousse et d'assumer son rôle de premier poète de France, il veut donner une grande épopée, à la louange des vertus françaises, comme son pays n'en a jamais eue. Il entreprend donc la Franciade, sur le modèle de l'Énéide, de Virgile: cet ouvrage en décasyllabes, qui doit relater l'histoire mythologique du royaume de France depuis ses origines, est laissé inachevé. Cette oeuvre fut perçue comme un échec par le poète lui-même, qui n'en publie que les quatre premiers livres en 1572. Il est vrai que la mort de Charles IX, à qui le poème était dédié, ne l'encourage pas à persévérer.

Alors commence une période plus sombre. En 1574, meurt le roi Charles IX, dont Ronsard se sentait l'ami et en qui il voyait son premier lecteur. Avec lui, Ronsard perd tout. À cinquante ans, c’est une quasi-retraite du courtisan car le nouveau roi, Henri III, qui est davantage porté vers une poésie brillante et plus facile, lui préfère – même s'il maintient la pension que son prédécesseur avait accordée à Ronsard – le plaisant et facile Desportes (1546-1606), un écrivain Précieux dont il fait son poète officiel.

Désormais éloigné de la Cour, Ronsard se retire et séjourne à son prieuré de Saint-Cosme, dans son Vendômois natal et se détourne de la poésie savante. Cette demi-disgrâce n'entame en rien sa fortune, et sa renommée passe maintenant les frontières. Retraite mélancolique mais confortable d’un grand homme entouré de respect et comblé de bénéfices ecclésiastiques grâce auxquels il vieillit sans rigueurs, tout en écrivant ses recueils de sonnets à Astrée, à Hélène. Il a rencontré dans l'entourage de Catherine de Médicis la belle Hélène de Surgères, pour qui, nonobstant une grande différence d'âge, il lui compose 130 sonnets amoureux (Sonnets pour Hélène, 1578), et à travers elle, les dédie à une image mythique de la femme. Dans cette veine élégiaque, que l'âge et les déceptions colorent d'amertume, il trouve et donne le meilleur de lui-même. Ce sont les derniers feux du poète. Il a près de soixante ans et la maladie lui laisse peu de répit. Sa production se ralentit considérablement et il cesse bientôt de publier de nouveaux textes, mais, soucieux de sa gloire posthume, Ronsard consacre presque tout son temps à la préparation des éditions successives de ses Oeuvres complètes.

Alors vinrent plus exhaustives, la cinquième édition des Oeuvres (1578) contenant les Sonnets pour Hélène et en 1584 la sixième édition comprend les Sonnets sur la mort de Marie. Après les Oeuvres de 1584, souffrant de la goutte et d'insomnies, il dicte ses derniers poèmes, ses admirables Derniers Vers, des sonnets très émouvants sur la douleur, la vieillesse et l'approche de la mort, qui font d’un ancien poète de cour sur son lit de mort l’ultime héritier de Villon. Ceux-ci seront publiés à titre posthume par ses amis.

La mort le surprend le 27 décembre 1585, dans sa retraite, à Saint-Cosme, l’année même où le pire de ses futurs détracteurs, Malherbe, fait son entrée dans la République des Lettres. À Paris, deux mois plus tard, des funérailles solennelles et exceptionnelles témoigneront de sa célébrité et sa mémoire recevra un hommage officiel, au collège de Boncourt.

Prince des poètes et poète des princes, apprécié par Henri II, pensionné par Charles IX, Pierre de Ronsard a connu gloire et fortune. Avec le groupe de la Pléiade, il s'est donné pour tâche de renouveler l'inspiration et la forme de la poésie, dont il a pratiqué tous les genres, de la chanson légère à l'épopée, de l'hymne à la mascarade, du poème de circonstance au pamphlet.

Peu de temps après sa mort, Ronsard tombe en disgrâce. Malherbe le condamne pour la luxuriance de sa langue; les Classiques n'y trouvent rien de ce qu'ils aiment: la mesure, la raison, la rigueur et le bon goût; parfois honni – le Grand Arnauld parlera de ses «pitoyables poésies», Voltaire le jugera «barbare» –, Ronsard sera redécouvert par Sainte-Beuve et célébré par les Romantiques. C'est qu'il aura fallu deux siècles pour retrouver une telle sincérité du lyrisme. Encore cette réhabilitation n'est-elle pas unanime. Michelet lui consacre, dans son Histoire de France, quelques pages cruelles: «Il tapait comme un sourd sur la pauvre langue française.». Mais, dégagée de ses références érudites, mythologiques et courtisanes, la poésie de Ronsard reste aussi jeune, aussi éternelle que ce qu'elle chante le mieux: l'amour et la nature.

Mots-clés : lettre D, littérature française

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